[20 ans après] The Bell Curve : Le QI moyen diffère entre les populations humaines

Par Nicolas Faure, le 6 janvier 2017

En janvier 1997, la revue scientifique américaine Intelligence publiait une tribune – initialement parue dans le Wall Street Journal en 1994 – signée par certains des plus grands spécialistes de l’intelligence humaine. Ce manifeste au retentissement mondial visait à soutenir les auteurs de l’ouvrage The Bell Curve, très critiqués pour les conclusions peu égalitaristes de leurs études. 20 ans après, retour sur l’histoire d’un livre qui a détruit toutes les barrières du politiquement correct.


« Ce livre parle des différences intellectuelles entre les individus et les groupes humains. Il parle de ce que ces différences impliquent pour le futur de l’Amérique. Les relations que nous allons étudier sont parmi les plus sensibles de l’Amérique contemporaine. Si sensibles que pratiquement personne n’écrit ou ne parle de ce sujet publiquement. »
Préface de The Bell Curve

The Bell Curve, démonstration de l’importance fondamentale du QI

Charles Murray By Gage Skidmore [CC BY-SA 2.0], via Wikimedia Commons

Paru en 1994, The Bell Curve a été rédigé par le psychologue Richard Herrnstein et le politologue Charles Murray.
Dans ce livre de 845 pages, tous les sujets, même les plus controversés, sont étudiés.
Pertinence des tests de QI, influence énorme du QI sur les résultats socio-économiques d’un individu, héritabilité du QI, différences entre les ethnies… The Bell Curve s’attaque frontalement à des questions que beaucoup préfèreraient passer sous silence.
Cela explique son incroyable succès commercial (400 000 exemplaires vendus en quelques mois) et les controverses, parfois très violentes, qui ont suivi sa publication.

Les deux Américains se sont notamment appuyés sur les données d’une étude nationale longitudinale suivant – sur plusieurs années – l’évolution de milliers d’Américains à partir des années 80.

Dans tout l’ouvrage, il est mis en évidence que le QI est un élément fondamental pour comprendre la société américaine. Les découvertes des auteurs démontrent que le rôle du QI est corrélé avec à peu près tous les indicateurs socio-économiques imaginables. Le QI est par exemple lié à la durée moyenne des études ou bien au nombre moyen d’enfants hors mariage.

Quelques éléments de base sur le QI

Les auteurs de The Bell Curve posent 6 conclusions à propos des tests de QI faisant consensus parmi les spécialistes de la question :

1. Il existe un « facteur général » [« facteur g »] de la capacité cognitive, qui diffère selon les individus.

2. Tous les tests standardisés d’aptitude académique ou de succès académique mesurent ce « facteur g » à un degré ou à un autre. Mais ce sont les tests de QI, spécifiquement créés dans le but de le mesurer, qui sont les plus précis.

3. Les scores de QI correspondent à ce à quoi les gens font référence lorsqu’ils utilisent le mot « intelligent » ou « doué » en langage ordinaire.

4. Les scores de QI sont à peu près stables tout au long de la vie d’un individu.

5. Les tests de QI bien administrés ne peuvent pas être considérés comme biaisés envers un groupe social, économique, ethnique ou racial.

6. Les capacités cognitives sont fortement héritables dans une fourchette comprise entre 40 % et 80 %.

Ce dernier point est extrêmement important, il mérite qu’on s’y attarde quelques courts instants.

L’héritabilité du QI : Naît-on (potentiellement) intelligent ou le devient-on ?

Henri Poincaré, génie français

L’héritabilité, c’est la part de la variance d’un trait au sein d’un groupe d’individus expliquée par l’influence des gènes. C’est une notion qui est exprimée sous la forme d’un nombre allant de 0 (aucun lien avec la génétique) à 1 (totalement due à la génétique).
Concrètement, une héritabilité de 0.5 de l’intelligence équivaudrait à dire que 50 % des différences intellectuelles entre les hommes sont dues à la génétique et que 50 % de ces différences sont donc dues à l’environnement au sens large, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas génétique (culture, éducation, etc.).

L’héritabilité n’est pas, stricto sensu, une validation de la part majoritaire de la génétique dans la formation d’un trait. Même si, dans la majorité des situations avec une forte héritabilité, c’est effectivement le cas. Il existe quelques cas particuliers où un trait purement génétique a une héritabilité de 0 car tous les membres d’une population possèdent le gène en cause. Mais ce sont des cas rares qui n’ont rien à voir avec la question de l’intelligence.
L’héritabilité n’est pas non plus synonyme d’hérédité. Même si les deux notions sont évidemment liées.
Enfin, l’héritabilité s’applique à des groupes, pas à des individualités. Grossièrement, il s’agit d’une moyenne.

Dans un rappel des différentes études menées sur la question, Herrnstein et Murray fixent avec précaution les bornes entre 40 % et 80 % d’héritabilité.
Plusieurs études ont été réalisées sur des jumeaux monozygotes (c’est-à-dire des jumeaux partageant le même bagage génétique) séparés dès la naissance et élevés dans des milieux sociaux et culturels très différents. En 1990, Bouchard avait ainsi mesuré une similitude frappante dans le QI des ces paires de jumeaux. Il avait ainsi calculé que le QI  était lié au bagage génétique à 70 %.
En 1992, une étude similaire de Pederson postulait elle que cette héritabilité se portait à 79 %.

En prenant en compte l’ensemble des études réalisées sur cette question, les auteurs de The Bell Curve estiment que 60 % d’héritabilité est un pourcentage qui fait consensus parmi les spécialistes ou, à tout le moins, qu’il ne sera pas disputé trop âprement.

Le QI est donc largement héritable.

Les différences d’intelligence entre groupes ethniques

Il s’agit là de la partie de The Bell Curve qui a fait couler le plus d’encre. Elle a provoqué de nombreux éditoriaux enflammés et même la réponse [largement partiale] d’un intellectuel comme Stephen Gould.

Pour les auteurs, toutes les études scientifiques menées dans un pays occidental sur le sujet sont claires :
Les Africains ont un QI moyen d’environ 85, les Européens ont un QI moyen d’environ 100, les asiatiques de l’est (Chine et Japon) d’environ 103.

Selon les données des testes réalisés lors de l’étude longitudinale nationale étudiée par les auteurs de The Bell Curve, le QI moyen des noirs américains est de 1,21 écart-type inférieur à celui des blancs. Cela correspond à un QI en moyenne inférieur de 18,15 points à celui des blancs.
Ces tests très chargés en « facteur g » ont quelque peu creusé un fossé qui, dans les autres études citées par Herrnstein et Murray, se mesurait plutôt aux alentours de 1,06 écart-type soit 15,9 points de différence.

Distribution du QI des noirs et blancs à population de même taille – The Bell Curve
Distribution du QI des noirs et blancs selon la population réelle des USA – The Bell Curve

Il y a 20 ans, le soutien des spécialistes de l’intelligence

La publication de The Bell Curve aura suscité une avalanche de polémiques. De nombreuses personnalités accusèrent les auteurs de mépriser la science.

Face à l’ampleur des critiques, une spécialiste de la question, le docteur en psychologie Linda Gottfredson, décida de réagir. Elle envoya une tribune destinée à être publiée dans le Wall Street Journal aux 131 plus grands spécialistes américains de l’intelligence afin qu’ils la signent.
L’objectif : soutenir les auteurs de The Bell Curve.

En quelques jours elle reçu 100 réponses. Parmi elles, 52 spécialistes acceptèrent de signer.

Sur les 48 qui refusèrent de la signer :
– 8 étaient en accord avec la tribune mais avaient peur des conséquences de leur signature.
– 6 étaient en accord avec la tribune mais pas avec la manière de la présenter.
– 2 ne voulaient pas la signer à ce moment là.
– 7 étaient en désaccord avec 1 ou 2 points précis.
– 2 étaient en désaccord avec 3 à 5 points précis.
– 11 n’étaient pas certains que la tribune corresponde bien au consensus scientifique.
– 10 n’ont pas donné d’explication.
– 2 étaient en désaccord avec la tribune.

Publiée une première fois en 1994 dans les colonnes du Wall Street Journal, la tribune a été republiée en janvier 1997 dans la revue scientifique américaine à comité de lecture Intelligence.

C’était il y a 20 ans et, malheureusement, aujourd’hui encore, on ne peut aborder le sujet de l’intelligence, et notamment celui des différences entre groupes ethnique, sans être confronté à l’obscurantisme des salafistes de l’égalitarisme.
Pourtant, les faits sont là. Et comme disait un fameux égalitariste, ils sont têtus.

Le contenu de la tribune

Contenu abrégé, cliquez ici pour voir le contenu intégral.
1. « L’intelligence est une capacité mentale très générale qui reflète une capacité plus large et plus profonde à comprendre notre environnement. »
2. « L’intelligence, ainsi définie, peut être mesurée, et les tests d’intelligence la mesurent bien. Ils sont parmi les plus précis (en termes techniques, sûrs et valides) de tous les tests et examens psychologiques. »
3. « Bien qu’il y ait différents types de tests d’intelligence, ils mesurent tous la même intelligence. »
4. « La répartition des personnes le long du continuum du QI peut être représentée correctement par la courbe normale. »
5. « Les tests d’intelligence ne sont pas biaisés culturellement. »
6. « Les mécanismes du cerveau qui sous-tendent l’intelligence sont encore peu compris. »
7. « Des membres de chaque groupe ethno-racial peuvent être trouvés à chaque niveau de QI. »
8. « Pour les Blancs, la courbe de Gauss est centrée grossièrement autour de 100 ; pour les Noirs américains, elle est centrée autour de 85 ; et celle pour les différents sous-groupes des hispaniques, grossièrement à mi-chemin entre celle des Blancs et des Noirs. Les conclusions sont moins définitives quant au fait de savoir où exactement au-dessus de 100 les courbes des Asiatiques et des Juifs sont centrées. »
9. « Le QI est fortement relié, probablement plus que tout autre trait humain, à de nombreux résultats éducatifs, professionnels, économiques et sociaux. Quel que soit ce que les tests de QI mesurent, c’est d’une grande importance pratique et sociale. »
10. « Un QI élevé est un avantage car potentiellement toute activité requiert du raisonnement et de la prise de décision. »
11. « Les avantages concrets du fait d’avoir un QI plus élevé augmentent au fur et à mesure que les conditions de vie deviennent plus complexes. »
12. « Les différences d’intelligence ne sont certes pas le seul facteur affectant les performances en éducation, apprentissage, et tâches complexes, mais l’intelligence est souvent le plus important. »
13. « Certains traits de personnalité, talents particuliers, etc. sont importants pour de nombreuses tâches, mais ils ont une application ou une « transférabilité » plus faible (ou inconnue) vers d’autres tâches ou environnements, comparé à l’intelligence générale. »
14. « Les estimations d’héritabilité varient de 0.4 à 0.8, ce qui indique que la génétique joue un plus grand rôle que l’environnement dans la création de différences de QI. »
15. « Les membres d’une même famille tendent aussi à avoir des différences substantielles d’intelligence. »
16. « Le fait que le QI soit hautement héritable ne signifie pas qu’il ne soit pas affecté par l’environnement. Les QI se stabilisent graduellement durant l’enfance, cependant, et généralement changent peu par la suite. »
17. « Bien que l’environnement soit important pour créer des différences de QI, nous ne savons pas encore comment le manipuler. »
18. « Les différences causées par la génétique ne sont pas nécessairement irrémédiables. »
19. « Il n’y a pas de preuve convaincante que les courbes en cloche des différents groupes ethno-raciaux convergent. »
20. « Les différences ethno-raciales dans les courbes en cloche sont essentiellement les mêmes quand les jeunes quittent le secondaire que lorsqu’ils entrent en primaire. Les Noirs de 17 ans ont des résultats, en moyenne, plutôt similaires à ceux de Blancs de 13 ans. »
21. « Les raisons qui font que les Noirs diffèrent entre eux en matière d’intelligence semblent être les mêmes que celles pour lesquelles les Blancs diffèrent entre eux. »
22. « Il n’y a pas de réponse définitive quant à la raison de la différence entre les courbes en cloches des groupes ethno-raciaux. Les raisons de ces différences entre groupes sont peut-être notablement différentes des raisons pour lesquelles les individus diffèrent entre eux au sein d’un groupe donné. »
23. « Les différences ethno-raciales sont quelque peu inférieures, mais tout de même substantielles, pour les individus ayant le même vécu socio-économique. »
24. « Presque tous les Américains qui s’identifient eux-mêmes comme noirs ont des ancêtres blancs ; la proportion blanche est d’à peu près 20 %. L’étude sur l’intelligence repose sur l’auto-classification dans des catégories raciales. »
25. « Les résultats de l’étude ne dictent ni n’excluent aucune politique sociale particulière, car ce ne sont jamais eux qui déterminent nos objectifs. Ils peuvent, cependant, nous aider à estimer la probabilité de succès, et les effets secondaires, qu’il y aurait à chercher à atteindre ces objectifs par différents moyens. »

Nicolas Faure
6 janvier 2017