« Nous serons l’avertissement des générations montantes »

« J’élève un chant de mort sur ce qui va périr et nos régents de balle, face à nos imposteurs mitrés et face à nos savants, dont la plupart n’atteignent pas l’âge d’homme, moi, solitaire et méconnu, prophète de ma génération, muré vivant dans le silence au lieu d’être brûlé, je les prononce, les paroles ineffables et que demain les jeunes gens répéteront en chœur.

Ma seule consolation, c’est que la fois prochaine ils mourront avec nous, les régents et les imposteurs et les savants, il ne subsistera de souterrain où ces maudits pourront se soustraire à la catastrophe, il ne subsistera pas d’île en l’océan à même de les recevoir ni de désert en état de les engloutir, eux, leurs trésors et leur famille.

Nous roulerons unis dans les ténèbres sans retour et le puits d’ombre nous accueillera, nous et nos dieux absurdes, nous et nos valeurs criminelles, nous et nos espérances ridicules. Alors et seulement alors, justice sera faite et l’on se souviendra de nous, ainsi que d’un modèle à ne plus imiter et sous aucun prétexte, nous serons l’avertissement des générations montantes et l’on viendra les contempler, les restes hideux de nos métropoles, ces filles du chaos engendrées par quel ordre ! »

Albert Caraco, Le Bréviaire du chaos, L’âge d’homme, 2014 [1e éd. 1982], p. 18

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